Galerie Bénédicte Giniaux

Galerie Bénédicte Giniaux - 3, place du Dr Cayla - 24100 BERGERAC - 06 80 31 09 56

Rencontre

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Rencontre avec Marie Dominique Privé, France Bleu Périgord

Comment avez-vous choisi ces artistes ?

En organisant des expositions collectives, j’ai eu la chance de rencontrer de nombreux artistes durant des années. La sélection actuelle s’est faite naturellement avec le temps et de manière tout à fait subjective, comme toujours. Lorsque j’invite un artiste à participer à une exposition, j’invite autant la personne que son travail.

Vous avez une sélection très figurative. Pourquoi ce choix ?

Ce n’est pas un choix, ça s’est imposé très naturellement avec l’art animalier qui est toujours bien vivant dans la galerie. Ayant organisé des expositions avec des artistes qui rendaient hommage aux chevaux, je suis allée dans de nombreux ateliers d’art figuratif et j’y ai souvent trouvé un grand intérêt avec beaucoup de respect. C’est en fait la principale raison. Cependant il y a souvent un vrai travail d’abstraction dans de nombreux tableaux présentés dans la galerie. J’aime la matière, la pâte et les techniques mixtes. L’art figuratif offre un univers extrêmement vaste par les différents sujets traités et les techniques employées. La personnalité s’exprime aussi dans le geste, le modelage, la singularité de certains contours, les pigments. Dans le travail figuratif, y a toujours tant à découvrir et tant à proposer !

Comment a été accueillie cette galerie à Bergerac ?

En fait, c’est la première galerie d’art à Bergerac qui présente des artistes permanents. Les amateurs d’art me remercient et m’encourage, ils apprécient la qualité et la diversité. De nombreux habitués reviennent découvrir les dernières œuvres présentées. Je suis toujours émue lorsqu’une personne entre dans la galerie et reconnaît tel ou tel artiste qu’il a connu à d’autres occasions, dans d’autres villes ou même à l’étranger pour certains. Les collectionneurs d’art sont enchantés.

Est-ce que les visiteurs s’intéressent à la vie des artistes ?

Assez peu et cela doit venir du fait que les artistes de la galerie ont des propositions assez claires, humoristiques parfois, souvent subtiles, délicates aussi. J’ai écrit et affiché un texte pour présenter chacun d’eux et ceci est certainement suffisant. Par contre les visiteurs me demandent souvent d’expliquer les techniques. Alors je raconte fréquemment les étapes de la fabrication du Raku ou d’un bronze, le travail de fond d’un tableau ou les techniques de collages. Les visiteurs ne connaissent pas toujours le travail d’une fonderie d’art et les cinq étapes nécessaires à la réalisation d’un bronze. Cinq étapes qui correspondent d’ailleurs à cinq métiers. J’explique souvent cela à l’aide de quelques photos. Dans l’Oise, j’organisais une grande exposition annuelle chaque printemps en ne présentant que des bronzes. C’était vraiment magnifique ; il y avait environ une centaine de sculptures. « On dit que le fondeur est la troisième main du sculpteur ». Le bronze est fascinant. Les visiteurs expriment facilement leurs émotions. Il arrive souvent de discuter face à un tableau ou autour d’une sculpture de longues minutes. C’est toujours émouvant. Lorsque qu’une personne est troublée par une œuvre d’art, le plus souvent l’émotion ressentie réveille quelque chose qui lui appartient de manière consciente ou inconsciente. Il y a alors un langage, une couleur, un style, une matière reconnue, parfois même une odeur retrouvée, une ambiance évidemment. Un ami sculpteur, Jacob Pakciarz, a écrit : « Sculpter non seul le marbre, mais l’espace alentour » ou encore «L’art commence là où la matière s’arrête ». Il m’a beaucoup appris. J’apprends toujours auprès des artistes.

Vous dites refuser des demandes d’artistes qui souhaitent exposer dans votre galerie.

Oui, évidemment, j’ai au moins une demande par jour et ceci depuis des années. Beaucoup d’artistes cherchent à exposer en galerie. Aux amateurs, je conseille de participer à des expositions collectives organisées autour de chez eux. Il faut des années à un artiste talentueux pour être reconnu ; les comédiens ou les musiciens vivent le même parcours difficile. Ce n’est jamais un artiste qui peut se déclarer artiste, mais bien et bien uniquement le public qui se déplace pour lui et les galeries qui le représentent. Aux professionnels, même si leur travail me touche, je réponds que je ne peux pas agrandir les murs, mais que si je crée de nouveaux événements et selon leur travail … peut-être …

Ce qui veut dire qu’un artiste peut travailler avec plusieurs galeries?

Oui, bien sûr, tous les artistes qui exposent ici, travaillent avec d’autres galeries qu’ils ont choisies. Plus l’artiste est présenté, et représenté, plus il sera vu et connu. Lorsque plusieurs galeries proposent le travail d’un même artiste, il se sent évidemment soutenu et les galeristes de leur côté le défendent avec une plus grande assurance. L’exclusivité ne me semble juste que lorsque la réputation est internationale. La galerie prend finalement le rôle d’agent. C’est aussi extrêmement passionnant, mais c’est une autre manière de travailler, un autre métier, une autre complicité.

Il doit y avoir une relation particulière entre un artiste et son galeriste ?

Evidemment, surtout si nous souhaitons nous engager sur du long terme, comme c’est le cas dans ma galerie. J’ai toujours travaillé en confiance et il me semble que c’est le plus beau des contrats. Il n’y a pas de règle dans le fonctionnement d’une galerie. Elle est à l’image de celui ou de celle qui la mène. Au quotidien, c’est un travail de communication permanent. Il faut faire connaître les artistes individuellement et la galerie dans son ensemble. La vie d’une galerie est un travail d’équipe et la vie « commerciale » d’un artiste également. Chez moi, les artistes n’ont pas tous la même renommée, ni le même écho auprès du public. Alors chacun influence à sa manière l’ambiance intérieure et les plus connus attirent un public qui découvre d’autres artistes.

Existe-t-il un lien, un point commun entre vos artistes ?

Je crois tout simplement que le lien c’est moi, car je les ai choisis et je les ai invités à participer à l’aventure de ma galerie. Entre eux, peu se connaissent. Le plus jeune est né en 1973 et la doyenne en 1932. Ils ont tous des parcours très différents. C’est passionnant d’écouter chacun dans la dynamique de ses projets. Un jour, une dame qui découvrait la galerie m’a dit : «on voit bien que c’est la même personne qui a sélectionné les artistes, c’est vraiment cohérent, on se sent bien dans chacun de ces univers, merci de ce moment de rêverie» C’était un beau cadeau ce jour là.

Organisez-vous des expositions individuelles ?

C’est une question difficile. En arrivant en Dordogne, j’ai cru, les premiers mois, que j’allais mettre en avant le travail de l’un ou de l’autre sur une courte période. Le plus compliqué pour moi n’est pas de mettre un artiste en avant, mais plutôt d’en mettre un certain nombre au placard. Tous les artistes ont besoin d’être vus. Et puis j’observe à quel point les visiteurs sont enchantés de la diversité. Bergerac est une petite ville et j’avais déjà remarqué ce choix collectif dans quelques très belles galeries de province, c’est certainement significatif. Dans quelques années, j’envisagerai peut-être une programmation différente. La galerie est en mouvement permanent car les coups de cœur sont emportés aussitôt, et je change la mise en place très souvent. J’organise parfois un événement autour d’un artiste pour un week-end ou pour quinze jours. Je reste très attentive à ce sujet. La galerie doit trouver son rythme.

Il y a une ambiance particulière ici, alors que l’on entend souvent parler de « froideur » en poussant la porte d’une galerie.

Cela vient, au premier abord, du choix des murs. J’ai restauré cet espace avec des panneaux utilisés dans le bâtiment, composés de lamelles de bois. Ensuite et surtout, quel que soit l’art proposé, je pense que tout artiste offre à son public une forme de langage à partager, allant de la séduction à la provocation. Pour ma part, tout en étant engagée et passionnée, je ne suis pas une révoltée, alors je ne peux pas défendre un travail qui m’agresse ou me provoque. Ainsi, vous ne trouverez jamais dans ma galerie des tableaux ou des sculptures qui agressent par leur sujet ou par le traitement. Vous ne trouverez pas non plus des œuvres qui demandent des explications afin de justifier le propos. Dans une œuvre, sculpture, tableau, livre, film … j’ai besoin d’y trouver une sorte de nourriture, quelque chose qui me bouscule, me rende différente, m’enrichisse, m’interroge, m’offre une rêverie, m’apporte une réflexion parfois difficile ou douloureuse. Mais je ne peux pas rester devant une œuvre qui me démunit, prend de mon énergie ou ronge un petit quelque chose de mon intimité. Je souhaite qu’ici chaque œuvre garde une vraie présence au sein de l’espace réservé à l’artiste et que l’ensemble s’isole pour vivre dans son entité. Lorsqu’une personne s’intéresse davantage à un artiste, je lui présente tout ce que j’ai en réserve le concernant. C’est toujours un vrai bonheur quand on me le demande. Tout à coup la galerie est envahie !

Maintenant que vous êtes à Bergerac, comment faites-vous pour recevoir les œuvres ? Les artistes viennent-ils jusqu’ici ?

Il n’y a pas règle : soit ils viennent et nous faisons une sélection de ce qu’ils apportent ; soit je vais dans les ateliers, et c’est ce que je préfère. Parfois j’y vois des œuvres que l’artiste n’aurait pas imaginé présenter. J’aime prendre ce temps là et j’en ai besoin. Au delà de la qualité des œuvres, ce qui me touche le plus c’est le regard de l’artiste sur son propre travail et ça, c’est vraiment un partage dans l’atelier.

Est-ce qu’il est difficile de fixer les prix ?

Pas du tout. D’ailleurs chez moi, ce sont les artistes qui donnent leurs prix ; je me suis toujours positionnée de cette manière. Je peux les conseiller, mais les prix ne changent pas d’une galerie à l’autre. Globalement, dans la galerie, les prix se tiennent d’un artiste à l’autre et c’est pour moi un formidable signe de cohérence.

Comment vous placez-vous face au marché de l’Art ? Et qu’en pensez-vous ?

C’est une question difficile, qui demande beaucoup de prudence et de recul. Il y a tout d’abord, les grands marchands de la place internationale, qui travaillent avec de riches collectionneurs et surtout avec tous les musées du monde. C’est à eux qu’il faut poser cette question. Il y a dans leur travail une passion de l’art, certainement, mais aussi une démarche de placement financier assuré. Ensuite il y a des grands galeristes très bien placés dans toutes les capitales. Je ne suis pas dans ces registres, même si je peux espérer pour chacun des artistes que je défends, qu’il soit un jour présent dans de grands musées en France et à l’étranger. C’est d’ailleurs le cas pour certains d’entre eux. Aujourd’hui les collectionneurs et les amateurs qui entrent dans ma galerie viennent avant tout acheter un vrai coup de cœur. Ici il s’agit d’un achat dans le bonheur, sans stress. Les prix restent tout à fait accessibles. Ce sont peut-être les prix qui positionnent les galeries dans le monde professionnel, je ne sais pas. Je suis très contente d’avoir choisi une petite ville de Dordogne. Je travaille encore beaucoup pour faire connaître la galerie. La presse participe et le bouche à oreille fonctionne très bien.

Vous dites facilement que dans la vie, la chose qui vous intéresse le plus, c’est la création ?

Oui, c’est vrai, la création artistique est ma seule priorité, c’est un éternel partage. C’est un regard particulier, une écoute. Personne ne peut s’investir seul dans la création, il est nécessaire de s’imprégner et de découvrir. Il est indispensable d’absorber, d’ingurgiter, de dévorer et d’absorber des odeurs, des couleurs, des ambiances, des colères, des joies, des lenteurs, des stress, des soleils, des nuits noires, des bulles de savon ou encore le sourire d’un arbre et tant d’autres mystères qui passent discrètement, délicatement. L’imprévu est toujours bien accueilli. Attentif et curieux, l’artiste guette chaque idée nouvelle, cela m’émerveille. Il est indispensable de prendre le temps d’observer, de rencontrer, de toucher, de caresser, de se mettre dans la peau de…, d’y croire, d’y être, d’oser. Alors, ensuite et seulement ensuite, vient le temps de l’élan, de la créativité dans l’intensité, pour exprimer, formuler ou sensibiliser. J’avais écrit cela : « Une personne et une technique se confondent dans un atelier : au-delà d’eux-mêmes, une œuvre d’art voit le jour. Un tableau, une sculpture devient ainsi une entité dans un langage sensible et universel. Qu’elle soit déchirement ou souffrance, bonheur ou apaisement, cette œuvre d’art, par sa création et son cheminement, est inévitablement dissociée de l’artiste au moment où il la signe. J’ai besoin de sentir cette fusion entre une personne et sa technique, cette fusion qui donne naissance à la dimension plastique, esthétique et émotionnelle. »
Dans mon rôle d’intermédiaire, de relais, j’aime profondément faire partager ma passion et inviter le public à découvrir tout cela !

Vous avez déjà des projets hors les murs ?

J’ai mis en place en été 2012 une exposition biennale « Sculptures au Jardin » chez des viticulteurs, Laurent et Sylvie de Boresdon, au Château Belingard, à quelques kilomètres de Bergerac. En 2014 ce sera chez un autre viticulteur. Cet été 2013 j’organise une grande exposition en partenariat avec la ville de Bergerac pour Emmanuel Michel. Ma galerie est trop petite pour accueillir ce genre d’événement. Ensuite, grâce à un partenariat avec la ville de Sarlat, je présente des sculptures de Sophie Verger dans un merveilleux petit jardin. Enfin un partenariat avec la plus ancienne galerie d’art de Sarlat, la Galerie Montaigne, me permet de d’exposer quelques œuvres sur ces cimaises. J’aime tisser des liens.